Communiqué du Partenariat-Intwari
 
Bruxelles, le 10/10/2008.
Re : Tensions entre Rwanda et RDC.
 
L’intensification des combats au Nord-Kivu relance la question non résolue de la présence en RDC des réfugiés rwandais dont des milliers de rebelles qui combattent le régime de Kigali. Cette situation montre par ailleurs comment, pour survivre, le régime Kagame entretient l’état de guerre permanent.
 
A cet égard, les accusations réciproques entre Kigali et Kinshasa ne doivent pas cacher l’évidence que l’épicentre du conflit se trouve bel et bien au Rwanda et qu’il n’y a pas moyen de ramener la paix dans la région sans normaliser la vie politique au pays des mille collines.
 
La tragédie humanitaire qui s’aggrave dans l’Est de la RDC démasque l’incohérence de l’action de la Communauté internationale et de son attitude scandaleuse face aux conflits récurrents qui dévastent cet immense pays et dont les conséquences imprévisibles hypothèquent lourdement l’avenir de tous les peuples de la région.
 
Dans son communiqué du 6 octobre 2008 sur la situation en RDC, le Département d’Etat américain a déclaré : «Le conflit entre le CNDP et les Forces armées de la RDC ne fait que détourner l’attention de la nécessité de régler le problème qui est la cause fondamentale de l’instabilité dans la région, posé par les ex-Forces armées du Rwanda (ex-FAR), les milices Interahamwe et les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR)».
Pourtant, plutôt que d’en être la « cause fondamentale », cette présence aujourd’hui transformée en alibi est plutôt la conséquence tragique d’une instabilité régionale dans laquelle plusieurs acteurs dont les Etats-Unis ont leur part de responsabilité.
 
Dans le même communiqué, le Département d’Etat affirme : « Les États-Unis vont continuer à œuvrer de concert avec la RDC et avec les pays des Grands Lacs, tant bilatéralement que dans le cadre du Processus de la Tripartite plus un, en faveur du renforcement de la coopération régionale et de l’instauration de la stabilité et de la prospérité dans la région ».
Si l’on doit se féliciter de ces belles déclarations, il y a lieu cependant de s’interroger sur la volonté réelle de la Communauté internationale d’appliquer les mêmes standards aux pays concernés dans la mesure où l’on semble avoir imposé une exception rwandaise quand il s’agit d’encourager et/ou d’imposer la voie du dialogue dans la résolution des conflits.
 
Pour autant que la volonté de pacifier et de stabiliser l’Afrique des Grands Lacs soit sincère, la Communauté internationale ne devrait plus se sentir obligée d’adapter ses activités afin d’éviter la confrontation avec les autorités rwandaises. Elle a en effet trop longtemps fermé les yeux devant les pratiques antidémocratiques du régime Kagame alors que la dictature actuelle, tout comme la précédente, constitue un terrain favorable à de nouvelles violences politiques.
 
En 1994, les Etats-Unis, l’Union européenne, L’ONU et l’Union africaine (ex OUA) se sont rendus coupables de non assistance à un peuple en danger.
A l’époque, la Communauté internationale a failli à son devoir en démissionnant face à un génocide qui allait faire plus d’un million de victimes en un temps record.
 
Pourtant, au-delà du « plus jamais ça » scandé du haut des tribunes les plus réputées du monde et en l’espace de 15 ans, on dénombre plus de 5 millions de victimes en RDC où, très curieusement, l’ONU mène sa plus grosse mission de paix.
Il est fort regrettable de constater qu’après un premier échec dû à son incapacité d’éviter le génocide, la communauté internationale ne soit pas au moins en mesure d’en affronter aujourd’hui les terribles conséquences.
 
Le Partenariat-Intwari est absolument convaincu que le centre de gravité de la crise qui endeuille la RDC se trouve au Rwanda et que toute solution viable à cette crise ne saurait faire l’économie d’un dialogue inter rwandais sans complaisance.
 
Déogratias Mushayidi
Secrétaire Général et Porte-parole